





Ce
beau roi écarlate n’aime pas les températures
hivernales très fraîches en Bretagne, aussi s’offre-t-il
une hibernation tranquille au fond d’un trou bien choisi.
En avril, il sort de sa cachette. Le voilà prêt à être
pris dans les casiers si le caseyeur sait où et comment
installer ses pièges. Il sera présent jusqu’à novembre.
En juin et juillet, il est dans sa période d’excellence. Sur la
Côte d’Emeraude, mon vivier sauvage, les plus belles prises se font
dans un triangle compris entre le cap Fréhel, les Minquiers et la pointe
du Grouin. Si l’on est amateur de homard, quelques règles doivent être
respectées : d’abord l’acheter bien vivant. S’il a traîné trop
longtemps dans un vivier, comme les tourteaux d’ailleurs, il bavera, signe
de stress qui aura rendu sa chair cotonneuse.
Autre repère de qualité :
ses antennes doivent être longues au maximum, et même dépasser
le bout de sa queue. Vivant, sans vivier, il se conserve au maximum 24 heures
dans le bac à légumes du réfrigérateur, sous une
couche de goémons.
On peut l’apprécier de bien des façons, en sauces subtiles
avec des épices, à l’américaine, à l’armoricaine,
l’associer à un chutney en dosant sucré, salé et piquant.
Mais le plus simple est peut-être le plus parfait : le griller, ou mieux
encore, le rôtir à la broche devant un feu de bois, en recueillant
le jus de cuisson puissant et parfumé. D’abord, ébouillanter
la bête dans un grand volume d’eau salée, cela évite
de la faire souffrir et permet la coagulation du sang le long de sa carapace
: ainsi, il ne se dessèchera pas. Puis, il s’agit d’opérer
la jonction magnifique entre la somptuosité du homard « cardinalisé » et
la magie primitive du feu. De la cuisine, on est, rouge sur rouge, passé au
rituel.