Il était une fois, en l'an de grâce 1771, un explorateur français nommé Philibert Commerson.
Pour les plantes, il avait l'œil passionné du botaniste. Pour les belles, tout porte à croire qu'il avait l'œil tendre.
Débarquant à l'île Bourbon, future île de la Réunion, il y repéra une fleur splendide, ronde, aux pétales drus et délicats. Or il avait une amie qui se nommait Nicole Reine Lepaute (ou Le Paute). Pour lui rendre hommage, il baptisa la plante - en latin, c'était la règle - du nom de la dame et d'une référence au ciel, Peauta coelestina. Le premier hortensia venait d'être identifié et herborisé.

Deux ans plus tard à l'île de France, aujourd'hui île Maurice, l'infatigable Philibert, dans un jardin de missionnaires, rencontre de nouveau la fleur superbe. Les hommes de Dieu, semble-t-il, en avaient rapporté des spécimens de Chine. Nouveau coup de cœur du botaniste et, cette fois, il baptise sa découverte Hortensia.

Pourquoi Hortensia? Les gens sérieux assurent qu'il s'inspira seulement du jardin, hortus en latin, où il l' avait trouvée. Cependant un historien constata, en étudiant les archives de la famille Lepaute, que Nicole Reine était parfois aussi appelée Hortense.
Promenez-vous dans nos villages, nos villes, nos jardins, côté continent ou côté îles. Parfaitement satisfaits de nos sols, de notre climat, de nos embruns même qui ont l'air de les vitaminer, ces émigrés définitivement intégrés ont crû et se sont multipliés à souhait. Si toutes les variétés ont leur charme, je préfère quant à moi les bleus, au ton extraordinairement intense, que seul peut procurer un sol acide contenant de l'alumine. Or, justement, ce sol acide, nous l'avons. Et l'alumine, nos ardoisières en étaient riches.
Voilà pourquoi la Bretagne est reine des hortensias bleus. Et si dans le langage international des botanistes, l'hortensia se nomme désormais hydrangea, les Français en général, et les Bretons encore plus, qui ont l'âme tendre et la mémoire longue, demeurent fidèles à Hortensia comme Philibert le fut à sa céleste Hortense.