





C’est en 1690, sous le règne de Louis XIV, qu’un
jeune provençal du nom de Jean-Baptiste Bousquet fonde à Quimper,
dans le faubourg de Locmaria, la première manufacture de
céramique.
L’époque est favorable. La grave crise financière qui résulte
des guerres, la révocation de l’Edit de Nantes qui entraîne
l’émigration des protestants et la fuite des capitaux, obligent
le roi en 1689 à demander aux particuliers de porter leur vaisselle d’argent à la
fonte pour pouvoir battre monnaie. Il faut donc remplacer les pièces fondues,
tout d’abord par de la porcelaine d’importation et de la faïence.
La France ne possédant pas encore le secret de fabrication de la porcelaine,
les faïenciers vont donc produire des pièces de grande qualité pour
satisfaire la demande. Colbert souhaite de plus que les habitants fabriquent
ce dont ils ont besoin plutôt que de recourir à l’importation,
tout concourt donc à la création de nouvelles fabriques.
Quimper est idéalement placé : pas d’autres faïenceries
dans la province, le bois pour chauffer les fours est abondant et peu onéreux,
un gisement d’argile situé à Toulven sur les bords de l’Odet
permet de fabriquer des poteries , du grès et de la faïence blanche
ordinaire, enfin l’Odet permet de recevoir de la terre et d’expédier
par voie maritime les produits fabriqués. Dernier argument en faveur de
la création de la première manufacture de céramique de la
région, faïencerie toujours en activité aujourd’hui,
la main d’œuvre abondante qui se contente de bas salaires.
Commence alors l’histoire esthétique de cette céramique reconnaissable
entre toutes. Les faïences populaires quimpéroises sont présentes
tout au long de la production locale. Jusqu’en 1914, on retrouve le même
vocabulaire de formes et de décors, les mêmes techniques. Il s’agit
dès le XVIIIe siècle de décors de bandes, filets, points
d’épine en cercles, avec des guirlandes, des fleurons à quatre
couleurs – ocre jaune, ocre rouge, gris vert, gris bleu – et de sujets
communs aux faïences d’Europe de l’ouest et du sud : la maison,
les oiseaux, le panier fleuri, les guirlandes de fleurs et de feuillages, les
dessins géométriques. La technique de pose du décor évolue également
comme dans les arts populaires d’autres régions : d’un dessin
cerné, reproduit au moyen d’un poncif avec remplissage d’aplats
de couleurs, nous passons au décor à la touche, qui voit le pinceau
poser d’un seul trait la forme et la couleur ensemble.
On voit encore aujourd’hui de la vaisselle présentant ce petit breton
si charmant qui a fait le tour du monde et qui s’il fut le témoignage
d’un art populaire actif, vrai et sensible, n’en deviendra pas moins
au XIXe siècle une expression stéréotypée et figée
de ce même art. On rencontre aujourd’hui encore de magnifiques témoignages
des chefs-d’œuvre produits par les faïenciers de Quimper comme
ces Vierges populaires dont on sent l’engouement au nombre de niches creusées
aux frontons des maisons bretonnes.