Sur le plan étymologique, pardon signifie " se faire pardonner " comme " demander pardon ". Ce terme associé aujourd'hui à la Bretagne trouve quelques rares échos au Moyen-Age en dehors de cette région, et aucun par la suite. Le mot figure en revanche, non " bretonnisé ", dans le premier dictionnaire breton-français de 1499, le Catholicon, et prend petit à petit son sens précis : pèlerinage collectif solennel accompagné d'indulgence.
Le pardon est le fruit de différents phénomènes :
- Des cultes celtiques attestés avant la romanisation,
- Une émigration au VI et VIIe siècle qui apporte le culte de nombreux saints d'origine locale,
- L'apparition de sanctuaires liés à l'eau miraculeuse d'une fontaine, le pouvoir d'un menhir, la faveur particulière d'une personnalité civile ou religieuse.
Quelques pardons se développent parallèlement au Tro Breiz, pèlerinage unique et majeur en Bretagne au Moyen-Age, menant les pèlerins sur les tombeaux des sept saints fondateurs. Le Tro Breiz est le seul pèlerinage qui puisse rivaliser avec ceux plus connus de Jérusalem, Chartes ou Rome. Il s'agit de faire le tour de la Bretagne, soit 548 kilomètres à raison de 15 à 20 km par jour, soit encore 4 à 5 semaines qui conduisent les pèlerins sur les tombeaux des 7 évêques fondateurs venus des îles britanniques : Corentin à Quimper, Pol-Aurélien à Saint-Pol-de-Léon, Tugdual à Tréguier, Brieuc à Saint-Brieuc , Malo à Saint Malo, Samson à Dol et Patern à Vannes. Tout breton qui faisait le Tro Breiz était certain de gagner le Paradis ; celui qui ne le faisait pas de son vivant était condamné après sa mort à l'effectuer en avançant de la longueur de son cercueil tous les sept ans.
Stimulés aux XVIIe et XVIIIe siècles par l'activisme missionnaire, prenant appui sur des créations qui ont valeur d'exemple pour toute la Bretagne comme la fondation du pèlerinage de Sainte-Anne-d'Auray, les pardons vont se différencier par les indulgences obtenues, les miracles constatés ou le zèle des religieux à la recherche d'offrandes. A la fin du XVIIIe siècle, Jacques Cambry, en mission pour la Convention écrira : " On appelle pardons en Bretagne une chapelle, une fontaine, un lieu conservé par le souvenir de quelques saints, de quelque miracle. On s'y confesse, on communie, on y donne l'aumône, on se soumet à quelque pratique superstitieuse, on achète des croix, des chapelets et des images qu'on fait toucher à la statue du demi-dieu ; on frotte son genou, son front, son bras paralysé contre une pierre merveilleuse ; on jette des liards et des épingles dans les fontaines, on y trempe sa chemise pour se guérir, sa ceinture pour accoucher sans peine, son enfant pour le rendre inaccessible à la douleur. On se retire après avoir dansé, après s'être enivré, vidé d'argent mais riche d'espérance. Ne retrouvez-vous pas dans ces pratiques les superstitions des âges les plus reculés ? ".
Malgré la volonté du clergé de restreindre l'aspect profane du pardon, de lutter contre les abus et de renouveler la foi, les pardons connaissent un âge d'or au milieu du XIXe siècle qui se concrétise par plusieurs couronnements de Notre Dame et l'aménagement de sanctuaires pouvant accueillir plusieurs milliers de pèlerins. Artistes et touristes se mêlent petit à petit à la foule pour admirer les costumes traditionnels et regarder ces pratiques originales.
Le XXe siècle verra un recul de la pratique des pardons, nombreux sont ceux qui furent détruits ou transformés en fête foraine. Et c'est la fin de ce siècle qui voit renaître les pardons à l'initiative d'associations locales, phénomène de fond finalement , personnel et spontané des Bretons qui, à la recherche de leurs vraies racines, entreprennent de recréer le Tro Breiz, oublié depuis plusieurs siècles.