





Evidement
dans le sud il existe la Noirmoutier mais la petite Malouine
possède une belle histoire de pomme de terre et son
sol.Amandé avec les algues depuis des siècles
lui donne un goût
tout particulier on retrouve cette histoire à travers les films «Entre
terre et Mer» et «Le champ Dolent».
La bordure de la côte est un pays de primeur au climat tempéré sur
lequel pèse la douce influence des courants atlantiques du Gulf Stream.
Ainsi protégé de l’humeur changeante de la mer, la sérénité y
règne. Sur les sols de limon et de sable féconds car enrichis
de goémon et de calcaire, on peut tout cultiver ou presque, sous serre
ou tunnel, en plein champ. Je n’ai que l’embarras du choix :
haricots mi-secs cancalais arrivés à maturité après
le 15 août qui accompagneront des ormeaux à la cancalaise ou
le carré d’agneau
de pré salé ; choux fleurs que j'associerai à des huîtres
tièdes ; asperges de Cherrueix délicieuses bien que méconnues
; petits pois du Vivier-sur-Mer, fraises de bois et garriguettes, cassis
et groseilles de Louis Pichot à Saint-Méloir.
Au dessus de Cancale, les chemins creux me mènent vers
les jardins de la famille Robin, une voisine de Saint-Méloir-des-Ondes.
Avant d’y
parvenir, j'emprunte le sentier des falaises afin de cueillir sur les rochers
l’herbe de mer que je grignotais sur la plage avec du pain beurré au
temps de mon enfance et que j'utilise aujourd’hui comme condiment
pour accentuer les contrastes iodé-salé d’une recette.
Je ramasse la criste-marine, la fenouillète le long du chemin des
douaniers, la pimprenelle, le serpolet dont raffolent les lapins, les fleurs
de genêts
qui infuseront à la saison dans un bouillon de Saint-Jacques, l’oseille
sauvage croquée enfant.
La vue des rangs d’artichauts à l’alignement parfait, des
sillons de choux de Bruxelles, de petits épinards, de navets, d’oignons
paille, de pommes de terre en fleurs me réjouit. La famille Robin me fournit
les premières sirtéma, sûrement les meilleures pommes de
terre de primeurs, mangées «comme ça » après
les avoir essuyées, à la peau si fine qu’elles cuisent avec
et se fondent à elle, frottés au gros sel lorsque le mois de mai
arrive et dégustées avec du beurre salé. S’il y avait à choisir
entre cette sirtéma et du caviar, même de grande qualité,
Olivier prendrait la pomme de terre nouvelle parce qu’il connaît
la maraîchère et la manière dont elle a préparé la
terre alors qu’il n’a jamais rencontré le pécheur d’esturgeon
et ne sait rien de ses méthodes de pêche.
Chez Madame Leroux, je trouve aussi le bricolin, un chou fourrager
qui n’a
pas son pareil pour préparer une fameuse soupe au lard et aux pommes de
terre. Les légumes frais de ses plantations s’étalent sur
les tréteaux du marché de Saint-Servan aux portes de Saint-Malo,
le vendredi matin.
Je préfère 1 kg de premières petites pommes de terre nouvelles à 1
kg de Caviar, elles racontent ma terre, symbolisent ce monde à la fois
de
Marins, Aventuriers mais aussi paysans. La Sirtema (ramassée à la
main) est la reine et il faut éviter la starlette, l’ostara,
sans aucun goût sinon celui de mauvais navet.