





C'est parce qu'on la trouvait principalement en Galice
qu'elle fut, au Xe siècle, choisie pour emblème
par les pèlerins qui suivirent le Chemin de Compostelle.
Elle y gagna son nom de Coquille Saint Jacques alors
que la zoologie lui attribua le nom, moins poétique, de
peigne. Les paléontologues
en ont découvert des amas fossilisés, parfois considérables,
sur les côtes de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée
; selon toute vraisemblance, on ne recherchait pas la
coquille seulement pour l'animal qui y gîte mais le contenant
servait, à ce
qu'on suppose, aux échanges, une sorte de monnaie.
Des
historiens de l'alimentation, Georges et Germaine Blond,
ont émis
l'hypothèse de l'existence aux temps très anciens
de " routes de coquilles ". Ainsi s'expliquerait le
choix par les pélerins qui atteignaient Saint Jacques de
Compostelle, de cet insigne, destiné à prouver qu'ils
avaient bien accompli le long voyage. L'objet exerça une
véritable fascination sur la Chrétienté médiévale
: il inspira architectes, orfèvres, et
peintres de la Renaissance puisque Vénus nâitra
dans une coquille Saint Jacques…
De la famille des Pectinidés (comme le vanneau et le pétoncle),
elle en est le plus gros représentant. Sa taille commune
est de 7 à 13 cm pour celle de l'Atlantique, de 8 à 10
cm pour celles vivant en Méditerranée. Rouges brique,
quelquefois roses ou tachetées, les deux valves aux grosses
côtes striées sont différentes : creuse pour
celle de droite, plate pour celle de gauche.
La coquille Saint Jacques vit, à l'état de repos,
sur les fonds sableux et herbeux, mais elle peut nager, en pleine
mer, en battant des valves pour échapper à ses prédateurs,
comme l'étoile de mer. La coquille Saint Jacques est une
espèce hermaphrodite, à la fois mâle et femelle,
qui n'a qu'une glande génitale, son corail. Celui-ci est
formé de deux parties, l'une mâle blanche ivoire, l'autre
femelle, rouge orangé. Pour la majorité, elles sont
pêchées dans la Manche, sur les côtes normandes
et en Bretagne dans les baies de Saint Brieuc, Brest et Quiberon.
Les normandes sont généralement plus grosses et bien
coraillées, les bretonnes plus petites. La différence
entre les deux variétés, atlantique et méditerranée,
réside dans les stries entre les côtes de la valve
bombée pour celles de l'Atlantique, qui sont rectangulaires
pour celles de Méditerranée.
La pêche en est
interdite du 15 mai à fin septembre ce qui en fait une espèce
protégée. L'espèce est véritablement
menacée et la demande gigantesque. Les Affaires Maritimes
fixent des quotas de pêche draconiens selon les prélèvements
de stocks et la taille des coquilles. Les chaluts "coquilliers" ne
sont autorisés à draguer que des coquilles de 10,2
cm; au-dessus, la pêche est interdite. Une bonne coquille
Saint Jacques doit être lourde, hermétiquement close,
le mollusque à l'intérieur bien vivant et la noix
d'une blancheur translucide et ferme. Après une querelle
d'expert s'organise : les meilleures ont-elles un corail
charnu ou, au contraire, inexistant ?
La Coquille Saint Jacques supporte toutes les cuissons
mais déteste la sur-cuisson qui la rend caoutchouteuse.