Tous nos souvenirs d’enfance sont peuplés de récits dans lesquels bon nombre de navires s'échouent et sombrent corps et âmes le long des côtes bretonnes. La littérature regorge de rêveries romantiques devant la splendeur des paysages marins comme de ces histoires où ces côtes étaient parcourues chaque jour par des "professionnels" de la mer, n'hésitant pas jusqu'à forcer le destin en provoquant des naufrages afin d'en tirer le meilleur parti. Parallèlement, face aux taxes et autres impôts qui s'appliquaient à différents produits, les côtes bretonnes devinrent rapidement en raison de leur physionomie accidentée et de leur étendue, un lieu privilégié d'accostage pour décharger en toute illégalité de jour comme de nuit tout un panel de marchandises en provenance de Grande-Bretagne. Pour remédier à cette situation considérée comme intolérable, l'état français instaura donc voici plus de deux cent ans tout un système de surveillance qui donna naissance aux sentiers de douaniers.

Devant notre maison des Rimains, comme devant Château Richeux, passe ce sentier, lieu de prédilection des promeneurs. Les oiseaux y sont rois, les essences arbustives offrent des refuges parfumés, la côte plonge parfois ici ou là, et toujours à l’horizon se dessine la silhouette du Mont Saint Michel. Comme des tableaux peints à l’aquarelle, chaque minute du jour offre ses trésors de lumière et de couleur aux âmes poètes, dégradés de bleus, de verts, de gris, de mauves que traverse un trait de lumière.